Les gens heureux lisent et boivent du café

 

On a beaucoup entendu parler de ce livre (1), bien souvent en termes élogieux. Le pitch, le retour d’info des copines, la couverture, tout me donnait envie de le lire. La dite couverture qui n’est d’ailleurs pas sans rappeler celle de ‘’Rien ne s’oppose à la nuit’’ de Delphine de Vigan. La technique marketing fonctionne et il en faut peu pour attirer le lecteur : j’ai aimé Rien ne s’oppose à la nuit, et cette ressemblance de couvertures me paraît prometteuse.

Le pitch donc : Diane, une jeune femme qui a perdu sa fille et son mari dans un accident, n’a plus goût à la vie et cherche à s’enfoncer un peu plus dans son deuil. Elle fuit méthodiquement et avec rage ce qui pourrait l’aider à se reconstruire. Elle s’enterre dans la dépression, et toutes les tentatives de ses proches pour l’en sortir échouent. Proches représentés par ses parents, fugaces apparitions désagréables et bornées, et par Félix, son meilleur ami gay, un peu caricatural (beau mâle, à la peau hâlée, volant de conquêtes en conquêtes, friand de ses propres exploits, mais totalement inaccessible pour la gent féminine, la seule femme trouvant grâce à ses yeux étant Diane.), mais au demeurant attachant. En attendant que Diane ‘’s’en sorte’’, Félix s’occupe (quand il en a le temps et l’envie) de leur café littéraire ‘’Les gens heureux lisent et boivent du café’’. Diane, quant à elle se désintéresse complètement de ce lieu qu’elle a tant aimé dans sa vie d’Avant.


Pour pouvoir glisser tranquillement dans la noirceur et dans le néant, Diane décide de s’éloigner de ces empêcheurs de tourner en rond. Et pour avoir le sentiment de rejoindre les deux êtres qui étaient sa raison de vivre, elle part s’exiler en Irlande, pays où son mari souhaitait aller.


En lisant cette première partie, mes yeux se sont embués plus d’une fois, mon cœur s’est serré, et j’ai pensé qu’il fallait avoir un moral d’acier, inébranlable, pour lire ce livre sans se projeter. Mais pour qu’un livre me plaise, il faut qu’il me bouscule. Donc, celui-ci me plaisait et ne me laissait pas indifférente.


Et puis, au détour d’une page, tout bascule. L’histoire devient cousue de fil blanc : la rencontre avec le mec le plus désagréable du monde… dès cette minute on SAIT, on se croirait dans un roman Harlequin. Le méchant voisin, les très gentils propriétaires, la méchante rivale…L’écriture devient poussive, simpliste, beaucoup moins profonde. L’histoire devient bluette.


Restent malgré tout en filigrane le deuil, le lâcher-prise, la vie qui reprend ses droits, le questionnement.
Normalement, j’aime ou je n’aime pas un livre. Mais ce livre-là me laisse une impression étrange, jamais je n’ai été partagée à ce point sur une lecture. Là je ne sais pas. 


Résumé alléchant, couverture alléchante, idée du café littéraire alléchante, mais comme une impression de rester sur ma faim. L’idée de départ était bonne, ce que l’auteur en a fait me désole un peu.


Mais bon, comme je n’ai pas pour habitude d’écrire sur un livre que je n’ai pas aimé, ne serait-ce que par respect pour le travail de l’auteur… peut-être que je l’ai aimé quand même finalement.

Karine LAGRUE

(1) A. MARTIN-LUGAND, Les gens heureux lisent et boivent du café, Michel